Ce souvenir est vague, très vague, il doit remonter à plusieurs années, quoiqu'émotionellement il remonte parfois à des siècles, et parfois il ne remonte pas, il est. Si ce souvenir me hante en pensée, il ne me martyrise pas. Il ne vient pas s'insinuer dans ma vie par l'intermédiaire de rêves ou de cauchemars, jamais je ne me suis réveillé en sursaut et en sueur, tremblants de tous mes membres avec le souvenir d'y avoir rêvé.
J'étais en promenade, promenade courante à cette époque, où étudiant j'avais du temps à revendre. Mais ce temps, je ne le revendais pas, je le gardais pour moi, je gardais ce temps pour m'analyser et, je l'ai compris plus tard, pour m'isoler. Ce n'était pas de la solitude que je vivais, c'était de l'isolement, je me retrouvais emprisonné non pas dans un asile psychiatrique aux murs blancs, mais dans ma tête entourée de murs gris si bien décrit par les façades des maisons de la ville dans laquelle je vivais. Ville, qui pour des raisons parentales, je n'avais jamais quitté. Me levant à midi, je me couchai régulièrement à trois heure et parfois plus tard, voyant un ciel bleu et entendant le pépiement des oiseaux en sortant de cafés ouverts tôt le matin, pour prendre le relais de ceux qui fermaient tard dans la nuit.
J'étais donc dans une ville, je n'arrive plus à me souvenir où c'était, peut-être rue du Lombard, près du Palais des cotillons. Mais ce trottoir ne me parait pas assez large car le couple que j'ai croisé me semblait alors assez éloigné, mais pas séparé par une rue. Faisait-il beau ou gris, cela non plus je ne m'en souvient pas, il ne devait sans doute pas pleuvoir ou peut-être une pluie très légère, car les gens n'étaient pas pressés ni renfermés sur eux-mêmes.
Dans ce monde inertiel, je devais me sentir seul, je devais sans doute à ce moment vouloir faire quelque chose, ne pas rester passif face à la vie. Et voyant ce couple passer, voyant la femme enceinte, je projetai mon poing en avant pour écraser cette vie naissante.
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Ce coup, c'est moi qui l'ai reçu. Le couple continua sa promenade comme si de rien n'était, et à raison car seul mon imagination avait agi. Et mon ventre s'était noué pour me faire sentir la douleur que je voulais infliger. Cette douleur, je ne l'ai plus jamais ressentie. Mais ce souvenir, lui, ne s'est pas encore effacé, je me demande s'il le sera un jour, tout en espérant le contraire.