Attente

à Catherine

Sa vie n'avait été qu'une grande attente. Du moins la partie de la vie qu'on appelle "d'adulte".

Il l'avait commencé le jour de ses dix-huit ans, le jour où il avait osé pour la première fois donner un rendez-vous à une femme, rendez-vous donné à l'occasion de son anniversaire. Bien mal lui en pris, car s'il la connaissait depuis quelques années, il n'en connaissait, vu la forme de ses relations, qu'une bien maigre partie, et sûrement pas celle qui concernait ses rendez-vous. L'ayant invité à vingt heure, il avait déjà tout préparé pour dix-huit, et s'inquiétait depuis dix-neuf. A vingt, il écouta le silence émis par sa sonnette, sonnette désespérément immobile. A vingt heure deux, il se mit à déprimer. A raison !

Elle ne vint naturellement pas, et lui, passa sa première nuit blanche. Le lendemain, n'osant téléphoner, il se remit à attendre, se disant qu'il s'était mal exprimé, et qu'il devait se voir sans doute ce soir. Il se trompait. Ayant compris cela, l'idée de lui téléphoner le reprit, mais ses raisonnements l'amenèrent à voir cette femme empêchée par un événement tragique allant de la perte de son frère à celui d'un attache-tout. Il se dit qu'en temps utiles, elle lui téléphonerait pour tout lui expliquer.

Il se mit donc à attendre, chaque soir, son arrivée, une sonnerie de téléphone, un pli quelconque, ou un autre événement inimaginable. Comme depuis le début de son histoire, mal lui en pris.

Il espéra un instant la revoir au cours, mais au retour de vacances, elle n'était plus dans la même institution. Il appris qu'elle avait déménagé, qu'elle habitait dans une ville, une autre ville.

Il mijota pendant plusieurs mois un mot qu'il pourrait laisser sur sa porte, et qui lui permettrait de sortir sans avoir peur qu'elle ne soit désemparée quand elle passerait chez lui, ainsi qu'un message sur son répondeur. Mais peut-être que des gamins de quartiers enlèveraient le mot, que sa cassette sur son répondeur ne marche pas le soir où elle téléphonerait.

Après des années, il ne connaissait plus personne la connaissant. Ils ne sut donc pas qu'elle était morte, comme cela arrive à bien des gens.

Passant devant chez lui, le soir, on peut voir à travers les rideaux expressément entre-ouverts, une lumière, une lumière pour lui dire qu'il est prêt à la recevoir.

Il continue d'attendre.

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