Con-Divergence.

Ce fut à leur lieu de travail qu'ils se rencontrèrent la première fois, quoique cette rencontre n'eût pas grande importance.

Il était employé dans le secrétariat. Inscrivant de nouveaux élèves, signant à la place du chef les diplômes. Il était à un de ses postes les plus quelconques de cette école. Mais cela, c'est ce qui pensa jusqu'au vingt-quatre décembre.

Elle y était depuis plus de trois ans, passant son temps à ne rien faire, à faire un gosse dont parfois elle se demandait si elle en ferait un chômeur ou un fou, à faire le moins possible, à faire l'amour parce que le temps passait plus vite, à faire des revolvers en noir dans une usine pour tuer le temps, à faire les cents pas sur un trottoir pour se faire baiser par un inconnu et se payer une cuite magistrale après, à faire, à faire... Elle n'en pouvait plus de faire, elle se décida à boulotter mais pas trop, c'est à dire de reprendre des cours, bien lui en pris, cela dura dix jours le soir du vingt-trois décembre ne le sachant pas encore elle avait déjà arrêté.

Le treize décembre, elle s'inscrivit à des cours d'une inutilité flagrante, elle s'inscrivit au cours d'idéologie néo-revisionniste, donnée par le "Groupement pour l'élimination des humains" le GEH, qu'il fallait prononcer "Gaiement", le "ment" étant une extension au cas ou.

Le vingt-trois décembre, il inscrit une personne de plus dans cette école, dont lui était tout doucement en train de se demander l'utilité, de l'école et de l'inscription. Tout doucement pour lui, le MENT devait sûrement dériver de Mentir mais ça il ne le saurait jamais.

Le vingt-trois décembre, ils se revirent, il était question de dîner du vingt-quatre, dîner que l'école offrait le lendemain ayant une bonne excuse pour ne rien faire car demain c'était NOEL.

Le repas se constituait des diverses salades à base de laitue, riz ou spaghetti qu'il fallait acheter, cuire, préparer.

Ils, lui et elle, acceptèrent de faire les courses, amenant à chaque préparateur le nécessaire, ils achetèrent à boire, limonade jus de fruits, alcool pour diluer ces premiers que peu de gens parvenait à boire pur, vin rouge, rosé et blanc prenant les trois colorations pour être sur d'avoir assez, bière de la simple pils à la plus forte.

Pendant les courses, ils parlèrent peu, les langues liées par l'inconnu, au fur et à mesure des déchargements chez les préparateurs et du dernier pour la route, les langues se délièrent de plus en plus pour se retrouver emmêlées en fin de parcours et pour une nuit.

Le vingt-cinq décembre, il n'y avait pas de cours, le dixième de l'école s'affairant pour la préparation du dîner, les neuf dixièmes, s'affairant autour d'une table de café à vider un maximum de bière craignant qu'il n'y en aurait pas assez plus tard, et deux personnes enlacées dans un lit ne s'affairant pas.

*
*   *

Les années passèrent. Quelques mois après leurs rencontres, ils s'installèrent dans une maison, petite mais maison avec jardin.

Lui travaillait.

Elle de temps à autre.

Leur vie à deux se passait presque sans problèmes. Les enfants exclus par dégoût du futur, ils pouvaient se permettre de faire semblant d'être jeunes, sortant tard la nuit; Ils travaillaient le jour avec des cernes battant tous les records. Si problèmes il y avait, ils se limitèrent au syndrome du tube de dentifrice.

Cela dura dix ans, cela aurait pu durer un mois ou toute une vie à défaut d'infini.

Ils eurent la malchance de se promener à Ixelles, lieu d'une jeunesse qu'ils fréquentaient de temps à autre. Or, il y a à XL un Y, une place qui sert de jonction à différentes rues, ce Y si l'on vient du haut permet de se rejoindre, mais si l'on vient du bas, cela nécessite un choix, la gauche pour boire, la droite pour littérer.

Il y avait en effet plus loin à gauche, de l'autre coté de l'avenue de l'Université, un café qu'ils fréquentaient, il y avait en effet plus loin encore mais à droite, de l'autre coté de l'avenue de l'Université, un bouquiniste qu'ils fréquentaient.

Cette fois-ci, plutôt que de choisir d'un commun accord la gauche ou la droite, ils hésitèrent. Trop longtemps diront les matérialistes, en fait ils n'hésitèrent pas, la fatalité avait déjà décidé pour eux, l'un à droite l'autre à gauche, le détail importait peu.

Ils se séparèrent, allez savoir pourquoi.

Jamais ils ne se revirent.

Valid HTML 4.0 Transitional