à Brigitte
A cette époque, je travaillais... Il est difficile de terminer cette phrase car cela permettrait de situer des personnages de cette histoire qui n'ont pas envie de l'être. Je travaillais donc dans la firme Untel, grande firme regroupant multiples services de recherches et développements de tout genre, allant des sciences humaines à celles appliquées, en passant par la restauration car il fallait bien nourrir tout ce monde.
Dans cette firme, je n'étais qu'un pion parmi tant d'autres, travaillant et faisant des pauses-café avec d'autres pions parmi tant d'autres. D'autres fois, on traversait un couloir ou bien on descendait un étage pour trouver une tour, un cavalier, un fou mais rarement la reine ou le roi.
Après plusieurs mois de travail, je me dis qu'il n'était pas inutile d'aller dire bonjour à un autre pion (peut-être est elle vexée de cette dénomination, mais je ne peux l'appeler "pionne" cela me rappellerait mes secondaires, alors je l'appellerai "elle"). Après quelques minutes, elle résolut le problème que je lui avais soumis, et je m'en allai content de savoir que tout allait pour le mieux dans la meilleure des firmes.
Je me mis à la revoir régulièrement, à la voir, à lui parler de ma vie, à entendre la sienne. Plus le temps passait, plus je m'impatientais, attendant des rendez-vous qui avaient le malheur une fois achevée, de reporter à presqu'un mois le prochain.
Mais l'histoire commence quand elle me proposa de passer chez elle pour la prendre. Non pas qu'elle se trouvait inutile, pas qu'elle fasse double emploi, mais elle ne faisait plus emploi. Et c'est moi qu'elle avait choisi pour l'extraire de ce milieu indésiré et indésirable.
Je n'avais pas de voiture et je du appeler un ami pour aller la chercher, car je ne voulais pas qu'elle se sente mal en la ramenant chez moi sous les intempéries. Tout se déroula bien, seul l'escalier était un peu raide, moi-même je n'y étais pas habitué car je venais de louer cet appartement deux jours avant.
Certains pourraient penser que c'était parce que mon appartement était plus beau que celui où elle était, qu'elle avait accepté de le quitter; ils se trompent. Tout était à faire dans ce presque taudis.
Je me suis assis, sur une des rares chaises de cet appartement qui se meublait tout doucement. Je l'ai regardée et j'ai pensé que je me serais retrouvé seul sans elle.
Sa blancheur rayonnait dans la pièce avec par-ci par-là des zones sombres, noires parfois ou brillantes comme l'éclat de mille soleils.
Mon ami était déjà parti depuis longtemps, me laissant avec mon nouveau "jouet" qu'il avait dit en repassant le pas de la porte, et avait rajouté en riant :
Elle ne s'en ira pas, elle a l'air bien accrochée.
Je commençais par la caresser, passant ma main sur tous ses reliefs, appuyant légèrement trop fort mais le contact était si agréable qu'il était difficile de faire autrement. Si elle était restée si froide jusqu'à présent, c'était peut-être de ma faute, je n'avais sans doute pas fait les gestes qu'il fallait. Mais j'appris vite et lui communiquant un peu de chaleur, je la vis s'enflammer. Je n'entendais alors d'elle plus qu'une longue expiration, un long soupir à la limite de l'audible. Je sentais sous ma main, les vibrations de son corps qui lui donnaient sa personnalité. Je me décidais alors à l'ouvrir, délicatement, sans la brusquer pour pouvoir la remplir de ce qui était ma vie.
Presque immobile, je restais là à la contempler, pendant ce que je croyais être des heures mais qui n'étaient que des minutes.
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Les minutes passées, ma pizza était cuite, j'ouvris la porte du four, pris garde de ne pas me brûler, et en sortis mon repas.
Pour la première fois de ma vie, je venais d'employer une cuisinière qui m'appartenait, qui m'appartenait à moi tout seul.