Le déménagement

Seulement six mois après être descendu d'un étage, j'allais recommencer, j'allais encore une fois de plus refaire un de ces grands voyages que bien peu de gens faisaient dans leur vie, non par interdit mais par manque de courage. Et pourtant, qu'était-ce par rapport avec ce que j'avais déjà vu auparavant, et même participé.

Il y a six mois, j'étais déjà descendu d'un étage. La maison dans laquelle je vivais, était en effet divisé en appartements, réels strates géographiques et temporelles. Cette descente était aventure, aventure pour moi assez périlleuse. Mon voisin du dessous venait en effet de partir, et dans mon désir d'ascension sociale, j'avais décidé de descendre d'un étage. Avec arme et bagage comme on dit. Si l'infini est difficilement définissable, le nombre de montée et de descente d'escalier lors de ce déménagement, représentait bien pour moi ce concept. Les caisses à descendre, les sacs à remplir, les choses à ranger, et bizarrement à ranger un étage en dessous. N'était-ce pas paradoxale ?, ne fallait-il pas dire :

les choses à déranger puis à déranger encore.

Encore et toujours,

c'était peut-être là le drame de ces déménagements.

Quoi qu'il en soit, j'avais par l'intermédiaire d'amis, vu et bien que faiblement vécu, aventure bien plus osée. Plus que de descendre d'un étage, ils avaient décidé et osé traverser la rue et aller habiter en face de leur ancien appartement. C'était ce qu'on pouvait appeler :

LA GRANDE AVENTURE.

C'était sans doute les derniers aventuriers de notre génération. C'étaient des braves, l'imparfait devant donner plus une impression de mythes que de passé.

Ils avaient bien préparé leur coup, en professionnel, pourrait-on dire. Avec leurs sacs, leurs caisses en bois et en cartons, leurs pelles, pioches, pics et marteaux; et tout l'équipement nécessaire, ils étaient partis pour la Grande Aventure. J'en faisais partie, bien que dans un rôle très modeste, j'avais empaqueté au moins une demi-caisse. Ils étaient quatre et avaient demandé en renfort pour la grande traversée de la route, de l'aide à six de nos amis.

Une équipe de dix s'élança du pas de la porte.

La route n'était pas simplement une simple ruelle à sens unique, c'était une voie à deux bande, avec de chaque coté, des voitures en stationnement et des caniveaux. Sans hésiter, ils avaient bloqué le flux de voitures, ou plus exactement, ils l'avaient détourné. Se protégeant de la population à l'aide d'une double rangée de barrière NADAR, ils avaient commencé la traversée. Sur les trottoirs, de chaque coté de la route, étaient installé des relais, point de ravitaillement en eau et nourriture. Quoique non prévu dans leur plan, un hélico de la Croix-Rouge passait de temps à autre dans le ciel.

Il y eut lors de la traversée, à peu près au deux tiers de la route, le seul mais grave accident de l'histoire. Pol tomba. Son pied, glissant sur le mauvais sort, fit un faux pas, et sa malle tomba par terre en s'ouvrant. François et Mélios sortirent leurs bâches et se précipitèrent pour étendre celle-ci sur les objets éparpillés sur le sol. Car une légère brise dans ce ciel bleu pouvait masquer la neige et la grêle, et alors, une tempête sans prévenir aurait pu emporter bien de ces objets. On voyait bien, sur leurs figures, la rage de devoir faire une deuxième expédition pour revenir chercher tout cela. Un air de tristesse aussi, marqué non par l'échec mais par la réussite imparfaite de l'expédition.

Pol, personne ne le revit plus jamais. Certains dirent qu'il sauta, glissa, tomba, s'écrasa sur les barrière et sauta, glissa, tomba, s'écrasa dans la foule tumultueuse pour s'y perdre à tout jamais. D'autres dirent qu'il devint fou, et arrivant sans bagage, il se trompa de porte et rentra dans la maison d'à coté, celle portant le n°10, pourtant, il n'y a jamais eu de n°10 dans cette rue, ou il y a longtemps, ou je ne m'en souviens pas, ou elle ne sentait pas bon. D'autres encore dirent qu'ayant perdu, avec ses bagages le plan à suivre, il se perdit dans les escaliers. Escaliers innombrables, il n'y a que ça dans les déménagements, escaliers innombrables sur lesquels il se trouve peut-être toujours, mais dont la marche sur laquelle il se trouve nous est inconnue. Peut-être, de cette marche, nous voit-il monter et descendre ne pouvoir rien faire, peut-être nous hélant sans succès.

J'habitais alors au troisième étage de cet immeuble et je les voyais s'en aller dans leur expédition digne de nos ancêtres. Une larme à l'oeil, j'avais peur de ne plus jamais les revoir.

Les années passèrent, un jour ils décidèrent une nouvelle aventure. Ils s'achetèrent une voiture pour faire le tour du bloc, de leur bloc. Pas en bus ou en camion comme bien facilement tout le monde pouvait le faire; non, ils avaient décidé de le faire en voiture, avec une Peugeot 104. Certaines mauvaises langues dirent bien qu'ils le firent parce que le volant était bloqué vers la droite, mais je n'en crois rien.

Peut-être un jour en ferais-je autant, c'est ce qui me fait vivre et peur en même temps.

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