La disparition inaperçue

Il était le meilleur.

Il était le meilleur, le meilleur en tout. Quoiqu'il commence, il le réussissait. Qu'il était le meilleur, ne voulait évidemment pas dire qu'il pouvait faire n'importe quoi; cela voulait dire que quoiqu'il fasse, il le faisait mieux que les autres.

Ses études primaires, il ne les avait finies que parce qu'il ne s'était pas encore rendu compte qu'il pouvait mieux faire, il avait fait ce qu'on lui avait demandé de faire, et cela lui avait suffit.

Ses études secondaires, il ne les finit jamais. Il travaillait déjà en tant qu'aide-metteur en scène à une pièce de théâtre, pièce qui ne fut jamais terminée, les subsides ayant été coupés d'"en haut" quand on apprit que l'"aide" était à mettre en parenthèse, et que fondamentalement, c'était lui le metteur en scène. La peur s'installât déjà. Le meilleur, ne voulait pas dire qu'il pouvait tout réussir, réussir alors qu'une partie du monde entier commençait déjà à se liguer contre lui.

Il entreprit quelques cycles d'études, qu'il clôturait de plus en plus rapidement, vu le nombre de dispenses qu'il pouvait demander. Ces études ne lui étant finalement réellement utile que pour savoir ce que savait les autres, ou plus exactement ce que ne savait pas les autres.

Ecrivain, réalisateur, joueur, clochard, professeur, il ne comptait plus les professions par lesquelles il était passé, brève étant la durée du passage.

Mais être le meilleur, signifiait naturellement des inconvénients. L'idée d'être le meilleur entre autres, et d'avoir une partie du monde entier ligué contre lui

Pour oublier cette idée, pour se faire oublier aussi, il se mit à penser, et pour cela, ferma les yeux. Ce fut son dernier acte.

Si son nom disparu des affiches, ce fut au sens strict. Tout ce qui lui faisait référence disparu. C'est comme s'il n'avait jamais existé. Personne ne remarqua d'ailleurs qu'il n'avait jamais exister.

Car là aussi, il était le meilleur.

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