Fernand était.
Tous ce qu'on pourra dire sur Fernand se mettra dorénavant au passé. Fernand n'aura plus ni futur ni présent. Fernand n'aura plus qu'un passé, Fernand ne sera plus que passé. "Fernand est mort."
"Fernand est mort", est la dernière phrase que l'on conjuguera au présent.
Mais si Fernand n'est plus que passé, c'est un passé qui fut pauvre. Car ce qui représente ce passé n'est plus que deux; deux, en exceptant les figurants, qui sommes sur cette route. Il est là, devant; couché, couché dans un cercueil qu'il ne quittera plus, cercueil qui fait son premier et dernier voyage. Moi je me retrouve dans la brume, le suivant et ne précédant personne.
Et les quelques sous que j'ai dépensé pour des fleurs, fleurs qui ne servent qu'un rituel que je me suis obligé à suivre, ces quelques sous n'auront pas été suffisant pour acheter le vent qui aurait fait revivre ces fleurs, et peut-être Fernand.
Allez savoir pourquoi il est mort, allez savoir pourquoi il est né. Peut-être que là-haut, le Bondieu le sait. Moi, je préfère ne pas savoir. Savoir me permettrais de juger, à tort sans doute, mais je le ferais, et je risquerais de croire que j'aurais agi différemment.
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Dans ce brouillard, brouillard oppressant, je sens ma tête martelée de millier d'aiguilles, je sens ce brouillard se changer en eau, eau qui fait la pluie, et cette pluie tomber.
Et ces dix millions de personnes qui habitent Paris, je les cherche, à droite, à gauche; en vain sans doute. Car ce qui m'entoure, ne ressemble plus à Paris, cela ressemble plus à un Berlin, un Berlin d'une autre époque, un Berlin désert. Peut-être que ces habitants font comme Fernand, peut-être que ces habitants dorment aussi, et que je suis le seul debout à suivre un concept que j'ai créé. Mais je me dis quand même que s'il n'a plus de famille, c'est que de ce mot, chacun en a fait une interprétation personnelle. Et je me dis que le monde n'est en fait qu'une famille, une famille que j'aimerais bien voir autour de lui. Mais je me retiens d'aller sonner à toutes ces portes pour aller réveiller frères, soeurs et autres parents, car je viens de les inventer et ils n'ont sans doute de réalité que dans ma tête.
Ce Bondieu là-haut, je ne sais pas ce qu'il fait, je ne sais pas ce qu'il peut faire; mais s'il ne peut changer le fond, s'il ne peut changer le déroulement de la vie, peut-être que s'occuper de la présentation aiderait un peu.
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Seul à le suivre, je serai seul à le revoir. Du moins à revoir ce bout de dalle dans ce cimetière. Eté comme Hiver, je reverrai son nom et je penserai aux autres, qui ne savent même plus qu'il a existé.
Alors je me dis que j'ai envie de le revoir, non pas sa tombe mais lui; j'ai envie de revivre une autre vie avec lui, de venir me coucher à coté de lui. Mais cela risquerai de prendre du temps, alors je rêve; je rêve d'une guerre que cette humanité dormante nous mijote, et qui m'alignera dans ce cimetière à coté de Fernand.
Et à ce Bondieu là-haut, je le laisse à tous ses problèmes, je le laisse seul face à ses responsabilités s'il en a. Maintenant, j'ai décidé de vivre ma vie, sans s'occuper de sa création. Et mon premier soulagement, est de sentir que ce qui coule sur mes joues, n'est plus de l'eau de pluie, mais celle salée, de mes larmes.