à Valérie
Elle m'avait diagnostiqué "psychotique", c'est du moins ce que j'avais su plus tard; au moment où elle, ne croyait plus à ce diagnostique. C'était une erreur de sa part de ne plus y croire, car je l'étais bien et plus précisément "schizophrène", mais je mis du temps à le savoir, et à en tirer profit. Je mis dix ans à réaliser mon désir, car je l'ai aimé dès le premier instant où je l'ai vue, je mis dix ans à ce qu'on partage le même lit.
Au premier moment où je l'ai vue, j'ai compris que nous étions liés, malheureusement je ne savais rien de ces liens, ni des noeuds à faire et à défaire pour les resserrer. Ma dérive commença donc, mon délire aussi, celui qui me permit de me dire pourtant que je n'étais pas comme les autres, et qui me permit d'arriver à mon but.
Le schizophrène subit un dédoublement de la personnalité, je ne sais au juste ce que ça veut dire.
Mais ce que je sais, c'est que je vis en fait une deuxième vie, où plus exactement que j'ai vécu une première vie, et cela contrairement à l'être et son insoutenable légèreté qui croit que la vie n'a pas de brouillon. On vit, en tout cas moi, plusieurs vies, l'une étant le brouillon de la suivante mais aussi le résultat de la précédente. J'en étais à la deuxième et parvenais enfin à comprendre les renseignements que je pouvais lire de la précédente. Cette expérience me permettait de savoir mieux que quiconque ce qui était meilleurs ou plus mauvais pour moi, mieux que quiconque ce que je devais faire. Les impressions de "déjà-vu" avaient toutes significations pour moi. Les lapsus, jeu de mots, rêves ne relevaient pas d'un inconscient improbable mais de moi-même dans cette autre vie antérieure ou parallèle. Antérieure ou parallèle car je ne savais pas exactement où la situer, mais cela importait peu, je me rapprochais de mon but; tout, et c'était la une technique enseignée par mon autre, tout donc en m'éloignant de ce but.
Mon comportement fit qu'on m'enferma dans un hôpital psychiatrique, hôpital bardé d'électronique, c'est là que je servis à mettre au point la machine, la machine à rêver comme disait les autres patients, la machine qui en fait analysait les rêves, c'était le laboratoire du sommeil.
Elle, elle travaillait toujours dans le domaine psy., et se retrouva aussi au laboratoire du sommeil, comme sujet sain, équilibré disaient les médecins.
Ils n'avaient évidemment rien compris
Ils n'avaient donc pas compris que si nous faisions, elle et moi, les mêmes tests avec les mêmes appareils dans le même hôpital, c'était évidement pour, non pas se retrouver, mais pour partager le même lit.