On lui avait expliqué la conséquence de son acte, conséquence qui ne s'était pas encore réalisée; l'acte en effet n'avait pas encore été posé. Mais il allait l'être. Elle savait que c'était absurde, mais dans le courant de la vie, elle s'autorisait parfois à ne pas trop réfléchir. Elle partit donc réaliser ce pourquoi elle était née : mourir.
Elle prit les petits chemins de ce continent qui n'en avait que la moitié du statut, marcha des jours durant, cherchant celui qu'elle ne connaissait pas. Elle cherchait un homme, homme faisant partie de cette étrange race bisexuée dont la sienne était, parait-il, dépendante. Elle ne savait pas à quoi il ressemblait. Car si elle savait à quoi ressemblait un homme, qu'il y en avait avec ou sans barbe, celui qu'elle cherchait, elle n'en connaissait pas les particularités, mais elle savait qu'elle saurait reconnaître l'homme voulu au moment où elle le verrait. Tout ce que la Consigne que sa race lui avait enseignée, était :
Un homme particulier
C'était comme ça disait certaines, c'était pour les gènes disaient d'autres; elle, cela lui importait peu, elle savait qu'il serait particulier.
Il le fut.
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* *
C'est dans un village qu'elle le rencontra, un village quelconque parmi tant d'autres, un village où il n'avait pas sa place. Ce n'est pas ça qu'il le faisait "particulier", ce "particulier" qu'elle cherchait, ce qu'il le faisait "particulier", c'est qu'il l'était, et pas de n'importe quelle manière, d'une façon évidente, "obvious", d'une façon tellement évidente que cela passait inaperçu, pas pour elle. Elle le savait perdu, perdu dans ce village, perdu dans sa tête; elle eut facile, elle l'eut facilement. La nuit même, elle couchait avec lui. Lui, lui ne savait pas ce qu'il faisait, il était réduit à un automate, il cherchait d'ailleurs autre chose qu'une femme.
Si le début de la nuit se passa bien, elle remarqua à un certain moment un détachement de sa part, puis ..., tout bascula. Lié à lui, elle s'en détacha ou plutôt s'en arracha, perdant une partie d'elle-même et gardant un peu de lui, entre autres ce qu'elle désirait, ses gènes.
Elle était enceinte, elle le savait, et elle prit pleine conscience de sa mort prochaine. Elle savait depuis son enfance que sa mère était morte en enfantant, et qu'il en était ainsi de sa race, et qu'elle mourrait en enfantant, dans quelques mois. Mais elle ne voulait plus mourir, elle voulait connaître ses trois filles qui grandissaient déjà dans son corps. Réalisation impossible. Elle devait donc trancher, elle trancha.
Deux d'elles allaient mourir, deux sur quatre, il lui restait une chance sur deux de s'en sortir; elle partit sur la route de cette chance.
Elle se rappela ses lectures, faites de BD et SF, sciences à venir, plus efficace que la science actuelle qui se limitait à expliquer mais surtout à ne rien comprendre. Hors le monde était malléable, surtout en fonction de ce que l'on voulait en faire. Et elle voulait le changer, elle voulait vivre, au prix de deux de ses filles. Elle retrouva les traces d'un monastère où la vie éternelle était possible. Mais comme pour tout, il fallait payer le prix. L'équation était simple, plus simple qu'"un et un font deux", cette équation disait :
deux égale moins deux,
deux vies pour deux morts. Elle, elles étaient quatre, potentiellement trois dans ce bas monde. Mais dans ce monastère, elle avait une chance de vivre.
Elle la joua.