Noir, un monde noir vient de se révéler à moi. Plus noir sans doute que je ne pourrais le penser, moins noir que je ne l'avais imaginé.
Mais que peut apporter l'imagination alors qu'elle peut se promener par-dessus les montagnes de sentiments et les vallées de raisons plus vite que la pensée.
Pleurs et gémissement sont maintenant pour moi plus nutritif que tout être vivant cueilli par la grandeur immense de l'humanité, qui est devenue trop vieille pour pouvoir imaginer par sagesse, paresse ou peur ce que représente le fil coupé de la vie de ceux-ci.
Pleurs et gémissement sont maintenant pour moi plus nutritif que toutes pensées orthodoxes ou non, sur ce monde en décomposition; et dont les êtres soit-disant les plus évolués pensent pouvoir le comprendre en reliant tous ses bouts à coup de raisons et postulats et, pire encore, en tissant grâce à ces liaisons une toile de plus en plus dure et solide. Espérant sur cette toile sans épaisseur d'émotion, créer des volumes palpables de sentiments, pouvant, croient ils, être plus réels que ce monde qui n'est qu'un puzzle dans sa boite.
Et si chacun espère dans cette immense toile d'araignée trouver son bonheur, je me ferai architecte de montagne de malheur. De chaque être rencontré sur ma route, je lui enlèverai une parcelle de son malheur le laissant poursuivre sa route gaiement sans se rendre compte que le prochain obstacle sera une de mes créations.
Cet obstacle, ce sera une montagne plus haute que toutes, et rassemblant tous les malheurs, tristesses, noirceurs du monde que j'ai pu prélever de mes relations, mais qu'avec ma science architecturale j'ai pu rassembler pour en faire une construction plus grande que toutes. Creuse peut-être, mais si grande que toute personne se trouvant sur cette toile plane d'émotion, car en plus il l'on fait plane, ne peut que l'apercevoir et se sentir écrasé, non par sa masse, mais par son volume.
Et moi, solitaire mais volant plus vite que mon imagination, passant sans problème au-dessus de leurs récifs de bonheur, je récolterai leurs peines pour agrandir mon oeuvre.
Cet oeuvre gigantesque finira par les absorber, et à l'intérieur de cette montagne, sentant sur eux cette pression continue et infernale de malheur, dans cette cavité où pas une lumière ne peut les éclairer, la peur irraisonnée en eux naîtra.
Une peur sans but ni cause, une peur avant toute faite de vide qu'est le monde.
Une peur non-sens, et quand ils réaliseront ou sentimentaliseront que c'est la Peur, ils comprendront ou sentiront que toute image de Néant, Paradis, Enfer ou Vie éternelle n'est rien, rien comparé à des cavités de Malheurs reliées entre elles par des pylônes de Vides dans un océan fait de Noirs.