Le gros pull noir.

Elles veulent ma peau. Elles ne me l'ont pas toutes encore dites mais je l'ai très bien compris. Il suffit de bien regarder leurs yeux quand elles me regardent pour voir cette envie. j'ai compris cela il y a plus d'un an et j'ai pris toute cette année pour leur échapper. J'ai quitté une maison communautaire pour aller vivre seul. C'était la première étape. En effet, si dans cette maison nous n'étions qu'entre homme, ils risquaient d'amener des femmes et j'imaginais déjà leurs regards démoniaques se posant sur ma personne. Peu après, j'ai quitté mon boulot. C'était la deuxième étape. Ce n'était pas tellement le boulot que je devais quitter car les quelques femmes qui travaillaient avec moi gardaient leur sens du devoir et travaillaient plutôt que de s'occuper de moi. Mais le déplacement pour aller à mon travail, les contacts avec les différentes femmes qui venaient chercher des renseignements, la peur que mes collègues ne changent leur sens du devoir; tous cela me faisaient peur et c'est pourquoi je me suis retrouvé au chômage.

Maintenant je vis cloîtré chez moi, je ne vois presque plus personne, chaque fois que des amis viennent, je vérifie à l'aide d'un périscope s'ils sont seuls, ce qui est rare, c'est à dire s'ils ne sont pas avec des femmes, autrement je leur dis au parlophone, que j'ai réparé pour cela, que je suis trop fatigué pour les recevoir.

Je suis parvenu à avoir une dispense de pointage, toutes les courses qu'il faut faire, je les fais faire par des sociétés spécialisées dans la livraison à domicile, j'ai d'ailleurs installé une grande boîte postale pour y recevoir leurs colis.

Un jour, un ami, Vincent, et un de ses copains, Frédéric, sont venu me voir. J'ai ouvert, on s'est dit bonjour et à la voix, j'ai compris que c'était une femme, Frédérique. Je l'ai regardé mais ses yeux étaient normaux. Elle regardait simplement mon appartement hyper-chargé, je passe en effet mes journées à faire des créations dites artistiques, pour remplir les espaces vides.

La soirée s'est passée sans problème. Ils sont partis me disant qu'ils repasseraient un de ses jours. Pendant une semaine, j'ai réfléchi à cette potentielle deuxième soirée mais tous mes plans furent à l'eau quand je le vis seule, sans Vincent. Elle passait par hasard dans la rue et avait vu de la lumière, expliqua-t-elle.

Tremblant de peur, je la suivais dans l'escalier. J'imaginais à tout instant qu'apparaîtrait dans ces yeux calmes la lueur que j'ai déjà vue tant de fois; et que se retournant elle me sauterait au cou et m'écorcherait vif. Mais c'était une peur irrationnelle qui me passa rapidement.

Elle resta une petite heure, peut-être que réellement elle passait par hasard, et me quitta en me laissant son adresse et me disant de passer quand je voulais. Je la laissai descendre l'escalier seule, n'osant courir encore de nouveaux risques.

J'ai mis un mois à me décider à aller la revoir. On est alors allé au cinéma, voir un film plutôt quelconque. Elle s'est penchée vers moi, a mis sa tête sur mon épaule, entouré ma taille de ses bras.

*
*   *

Elle était donc comme toutes les autres, seuls ses yeux étaient différents. J'attendais alors la phrase fatale, mais je ne du pas attendre longtemps. Car après cinq minutes, elle me dit :

Il est chouette ton pull, tu me le prêtes.

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