On l'avait vu à ... et à... ainsi que dans la sierra et les montagnes du nord, la seule chose qu'il faisait, c'était "marcher". Mais pas comme l'avait fait le Marcheur Solitaire sur le vieux continent; lui, il marchait en zig-zag, il n'allait pas tout droit. Si on lui demandait pourquoi il marchait, il répondait sans autre explication :
Je cherche une femme,
pour le reste, on pouvait parler avec lui de bien des choses entre ses rares pauses ou si on l'accompagnait dans ses chemins. Car vraisemblablement, c'était les siens. Le relevé que j'en avais fait ne correspondait à rien. Pas de lignes droites, pas de direction général, pas de cercle ni de spirale. C'était à croire qu'à n'importe quel moment, pour une raison obscure, il faisait le point et décidait de repartir dans une direction sans rapport avec la précédente.
L'ayant accompagné plus d'une fois dans ses chemins, j'avais imaginé bien des milliers de principes pour trouver la direction qu'il choisissait, car il avait une méthode de choix, j'en étais sur. L'allumette était la plus probable. Je l'avais imaginé jeter une allumette en l'air et prendre la direction qu'elle indiquait, le bout de souffre, brûlé ou non, servant à indiquer la direction par où aller. J'avais essayé sur une carte, et j'obtenais un parcours semblable. Le problème, c'est que, quand l'accompagnant, je ne l'avais jamais vu jeter une allumette ou quoique ce soit de semblable, ou même de dissemblable, même pas un éléphant.
Un barman, qui le voyait passer de manière irrégulière, l'évidence de l'irrégularité prouve d'ailleurs bien que cette dernière ne l'est pas tant que ça, un barman donc me dit un jour :
Il a perdu la bousse.
La bousse ?
La boule, il a perdu la boule, il est fou.
Mais ce barman ne savait pas que j'étais sur ses traces depuis plusieurs mois. Et que si j'avais compris "la bousse", ce n'était pas pour rien. Je savais qu'il n'était pas fou, qu'il n'avait pas perdu la boule, ni encore moins la bousse mais qu'il avait perdu la boussole, qu'il avait perdu le nord, la tramontane, qu'il n'avait plus aucun point de repère, qu'il ne faisait pas le point tous les matins, mais qu'il le perdait. C'était bien là mon erreur.